Le Havre repose sur 133 km² d’alluvions estuariennes et de remblais hydrauliques, avec une nappe phréatique souvent à moins de 2 mètres de profondeur. Dans ce contexte, le risque de liquéfaction n’est pas théorique : la zone industrialo-portuaire et les quartiers sud sont classés en sismicité faible à modérée (zone 2-3 selon la réglementation française), mais la nature des sols sature le potentiel de déstructuration sous séisme. Nous réalisons l’analyse de liquéfaction des sols par essais in situ couplés au laboratoire, en appliquant la norme NF EN 1998-5 et les référentiels du guide AFPS. Pour les projets d’extension sur le terminal conteneurs ou les plateformes logistiques de la ZIP, nous combinons les sondages pressionnétriques avec un essai CPT pour cartographier les couches lâches saturées avant toute décision de fondation.
Sur les alluvions havraises, une nappe à -1,50 m suffit à déclencher un potentiel de liquéfaction dès une magnitude 5,0.
Démarche et périmètre
Notre laboratoire embarque un pénétromètre statique CPTu 20 tonnes monté sur chenilles, équipé d’un capteur de pression interstitielle adapté aux sables fins et limons du bassin havrais. L’appareil descend jusqu’à 25 mètres de profondeur avec acquisition en continu : résistance de pointe, frottement latéral et u2. Nous couplons cette campagne avec des essais SPT en forage destructif, le tout sous accréditation COFRAC selon la NF EN ISO 22476-1. Au Havre, le vent d’ouest dominant force souvent à calfeutrer les zones de travail, mais le CPT passe sans problème entre deux alignements de conteneurs. Les échantillons intacts partent ensuite en cellule triaxiale cyclique pour déterminer le CSR (Cyclic Stress Ratio) et le CRR (Cyclic Resistance Ratio) spécifiques au site.
Particularités du site
Sur le terrain au Havre, nous constatons régulièrement que les sondages carottés simples sous-estiment le potentiel de liquéfaction dans les sables silteux de l’estuaire. La granulométrie fine, avec un D50 autour de 0,15 mm, favorise une montée en pression interstitielle rapide, même pour des accélérations sismiques modérées. Le risque concret ne porte pas seulement sur l’effondrement d’un bâtiment : sur le port, une perte de portance de quelques centimètres sous un rail de portique peut bloquer une grue de quai pendant des semaines. Nous insistons sur le croisement CPT + triaxial cyclique, car les corrélations SPT seules, issues de Seed & Idriss, demandent un recalage local que seules les courbes de résistance cyclique obtenues en laboratoire peuvent valider.